à propos

brigitte long 

Denise Lach / Brigitte Long  exposition à Arte Diem Saint Chamond  2015


« Brigitte Long met au monde monolithes, rochers, minéral d’une force apaisante. Ses sculptures sont d’une présence infinie. Le blanc ou plutôt les blancs qui les caractérisent accentuent le silence qui émanent d’elles. Infinité des matières : blanc de kaolin, de craie, de sable, tels les fragments des déserts blancs. L’énergie que l’on ressent à la vue des oeuvres de Brigitte Long s’explique aussi par la force des lignes, par les matières qui se côtoient et qui découpent les volumes dans l’espace. L’histoire se dessine, qui semble venir du début des temps et qui devient l’histoire de l’artiste. » ... Gina de Luca Arte Diem

exposition  galerie Alter Art Grenoble 2016
Article de Jean Louis Roux dans les affiches de Grenoble
Texte de Janine Desmazières


"Dans les traverses, il y a des lignes obliques, du remuement - et versus en latin, c’est le sillon, la ligne d’écriture, le vers de la poésie et même un pas de danse.
Brigitte Long, céramiste, fait vivre la terre. Elle dit : « J’aime bien la matière, j’aime que la pièce parle dans sa peau ». Elle crée des pièces à la surface griffée de signes, lignes, accidents et rehauts, labourée par le temps, animée par la lumière qui joue sur leurs couleurs : du blanc pur au noir brillant, toutes les nuances du gris, de l’ocre au rouge au bleu cobalt. Des blocs de roches pliées, d’un temps géologique, archaïque. Cassure, faille, rupture, strate, où viennent s’inclure schiste, plomb, ardoise, verre, métal - à la tranche parfois plissée comme celle d’un livre très ancien. L’artiste précise sur son site : « J'aime donner corps à la matière-terre; elle est mon support préféré. Je la conduis, elle m'emporte; c'est un jeu ou un corps à corps avec la matière, avec le feu. Modeler, transformer, assembler, déformer, peindre, graver, habiter un espace, l'ouvrir et le faire vibrer(…) En grès, porcelaine, les pièces sont façonnées, engobées, émaillées, le plus souvent cuites avec la technique du raku qui permet des brutalités et des douceurs dans le travail de la matière et de la couleur(…) Associer à cette terre différents matériaux métalliques, organiques, transparents… m'ouvre d’autres champs , d’autres chemins d’exploration. »
Le raku nous renvoie évidemment au Japon ; et les oeuvres, par le paysage de leur surface, nous évoquent les huiles de Zao Wou-Ki ; par le dénuement de leur forme, elles appartiennent à cet esprit de la montagne que nous a légué l’univers asiatique. Paul Klee notait dans son journal : « Plus le regard du peintre pénètre dans les choses et plus s’impose à lui, à la place d’une image de la nature achevée, la seule image importante de la création : la genèse… » Peut-être s’agit-il ici plus d’origine que de genèse. Origine, au sens où Walter Benjamin l’entendait : « ce qui est en train de naître dans le devenir et le déclin. (…) Elle demande à être reconnue d’une part comme une restauration, une restitution, d’autre part comme quelque chose qui est par là même inachevé, toujours ouvert. »1 Survivance et rupture, fracture en devenir … Face aux concrétions de Brigitte Long, aux émotions qu’elles provoquent, j’ai la sensation d’objets infiniment vivants, empreints d’énergie brute et d’esprit de finesse, en attente d’on ne sait quelle aventure. "
Janine Desmazières

Revue "les affiches " 2019

"Traverses"

Blanche et noire

Terres et Cieux.
De ceux et celles qui furent ici-bas, hommage à leurs gestes économes, parcimonieux.  Brigitte Long est née près des bords de Loire, là où la terre s’est faite jardins, et l’eau méandres. De ses paumes, de ses doigts, elle relie les terres au territoire. Son travail est paysages tantôt intérieur, tantôt inférieur à l’image de cette Loire souterraine. Pour nous, par son geste, elle nous invite à cheminer du regard, à prendre un sentier pour aller au-delà de la forme, un outre-terre mémoire de feu, de gestes et de couleurs minérales. Les mains de Brigitte Long sont des oreilles qui écoutent les formes de l’en-dedans de la Terre, pour les accueillir, les transformer et qu’elles entrent en résonnance avec l’en-dehors. Elles sont surtout humilité du geste, et donnent la parole à la matière. Elles ouvrent les silences, sollicitent les failles, provoquent des infractuosités. Elles pressent, chahutent la lumière retenue en la matière-matrice, celle qui referme les secrets, et Brigitte Long est de ces êtres patients, modestes, simples qui perçoivent la singularité de chaque rencontre, qu’elle soit être, matière, lieu, instant.  Parfois contenu, souvent contenant, il y a, dans ses formes une rigueur discrète et orientale. Les surfaces se courbent, joignent leurs arrêtes, et abritent ça et là, l’ombre tapie dans les craquelures, griffures, et autres crevasses.

Les formes-terre accueillent l’eau, les branches, et prêtent leur surfaces accidentées aux oxydes colorés pour un rituel d’un feu savant qui fixe la matière au temps. Brigitte Long est une femme d’espaces ; son lieu de travail, elle le tisse de fils invisibles, ils structurent le plein tout autant que le vide. Comme de fines toiles d’araignée ils capturent la lumière, font vibrer la mémoire de la terre, se suspendent au bruit du geste, au chant silencieux de l’outil. Et la terre devient autre, profonde, grave, légère aussi. Alors les mains assemblent les formes, construisent, élèvent. C’est sûrement pour cela que dans son travail il est si souvent question d’échelle. De la grande échelle, et si vous prêtez le regard, vous verrez combien ses formes sont grandes. 
Parce qu’elles sont territoires que l’on arpente. Parfois, tant le cheminement visuel est exigeant, la tête s’incline, les yeux se ferment pour jouir de la rémanence de la forme. Il y a du monumental dans les pièces de Brigitte Long ; qu’elles reposent sur le sol et les voilà qui conquièrent la verticalité, grattant le ciel de leur cliquetis terrestre. Ses œuvres sont des êtres debout. De les savoir accueillies à la Grange Dîmière, je les imagine ouvrant leurs liens, et se libérant pour combler l’espace de leur joie.  Alors elles colonisent le lieu, et tendent de nouveaux liens, écrivent une histoire nouvelle. « Entre-Terres » elles ont tant à se dire. Écoutons-les.
Anne Gaëlle Gernot

"Entre terres" 2016  exposition Grange Dimière 

Brigitte Long s’est formée aux Arts Plastiques aux Beaux Arts de Quimper puis de Grenoble. 
En 1990 elle ouvre un atelier à Grenoble et enseigne céramique, sculpture et arts plastiques. Elle est installée maintenant dans l’Isère, près de La Côte Saint André. Elle a exposé en Europe et en Australie et travaillé en résidence au Japon en 2009.

« Avec le grès et la porcelaine, Brigitte Long a choisi d’être sculpteur. Dépouillement, équilibre et tension, puissance et fragilité caractérisent son travail. Au raku s’associent le schiste, le métal… Chaque élément est à sa place, le geste est exact. Beauté de l’univers minéral. Nous sommes entre pierre et songe. Mais ces pierres silencieuses où s’inscrivent les griffures de l’âme s’adressent d’abord à notre sensibilité. » 

Martine Cazin  La maison de Brian

« …chaque pierre est balise immobile,
écume pétrifiée de la mémoire des glaces ».
Jacques Lacarrière

"maison de Brian "

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